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Quintin Dailey

Quintin Dailey
Né le : 22 Janvier 1961
Taille / Poids : 1m91, 82kg

Athlétique, bon shooteur, scoreur prolifique, défenseur solide, Quintin Dailey avait tout pour être l’une des superstars de la ligue à son arrivée en NBA, sauf qu’il avait déjà commencé sa descente aux enfers !! Voici l’histoire d’un joueur qui a vu sa vie basculer du tout au tout avant même d’avoir poser les pieds sur les parquets pros.

Le 29 juin 1982 se tient la Draft NBA à New York et les Chicago Bulls s’apprêtent à faire parler d’eux mais pas de la manière dont ils l’auraient souhaité. Lorsqu’il arrive leur tour de choisir, avec pick 7 du 1er tour, ils hésitent entre prendre l’ailier Clark Kellogg ou l’arrière Quintin Dailey. Le choix est compliqué pour eux car après plusieurs draft moyennes (Dave Greenwood et Orlando Woolridge n’ayant pas prouvé grand chose jusque là), ils ne veulent pas se manquer une fois de plus. Rod Thorn, le GM des Bulls à l’époque, décide finalement de choisir Dailey, dans le but de l’associer à Reggie Theus, autre gros scoreur de l’équipe, afin de former un duo redoutable et imposer un style de jeu rapide. Le problème est qu’en même temps que Dailey, Chicago récupère une sacrée affaire médiatique !!

Car à ce moment là, Dailey n’est déjà plus la mégastar des parquets NCAA avec l’Université de San Francisco, ou il a tourné à 20.5pts en 3 ans, battant le record de pts sur une saison que détenait auparavant un certain Bill Cartwright, avec 755 unités lors de sa dernière année (25.2 PPG) et élu 2 fois meilleur joueur de la West Coast Conference. Si on parle beaucoup de Dailey à l’époque c’est surtout pour une autre histoire, bien moins reluisante. En février 1982, le natif de Baltimore est accusé de viol sur une étudiante. Des accusations qu’il nie en masse, déclarant qu’on a usurpé son identité. Mais lorsque vient le jugement, Dailey plaide finalement coupable d’agression sexuelle. En Californie, la victime est consultée pour la condamnation du fautif et lorsqu’elle dit être d’accord avec une amende de 100.000$, Dailey échappe à la prison et se retrouve éligible pour la Draft … qui a lieu 4 jours plus tard !!

Dés lors, les Bulls sont affichés partout. Les médias accusent Dailey d’être privilégié et d’échapper à la prison grâce à son statut de sportif, les comités de soutient aux femmes appellent au Boycott des Bulls et à chaque déplacement, Dailey est lourdement sifflé et hué. Mais sur le terrain, « Q » se montre efficace. En relai de Theus, il apporte une bonne dose de vivacité depuis le banc, capable de shooter de n’importe ou avec succès, d’aller au cercle avec aisance mais aussi de contenir ses vis à vis grâce à sa puissance et ses grosses qualités athlétiques. Il défend parfois sur des postes 3 sans grands soucis. Il devient titulaire dans les dernières semaines de la saison et aligne les belles perfs : 26pts à 12/20 et 9 passes chez les Lakers, 25pts à Portland ou encore 30pts à 12/18 à Seattle. Malgré ces bonnes stats (Dailey termine la saison à 15.1pts à 46.6%, 3.4rbs et 3.7asts, finissant dans le 1er cinq des Rookies … en compagnie de Clark Kellogg), les Bulls ne décollent pas (28-54 au final, bien loin des Play-offs).

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Mais ses problèmes auront également fait partie du tableau de sa saison Rookie : en décembre, il est traîté pour une dépression après que ses coéquipiers l’aient trouvé caché dans un placard du vestiaire pour sécher un match !! Quelques semaines après la fin de la saison régulière, il est admis dans un hôpital de Baltimore pour soigner ses problèmes de drogues et d’alcool. Il y restera 8 semaines et déclarera avoir beaucoup mûri à sa sortie.

La saison suivante Kevin Loughery devient le coach des Bulls mais les Bulls restent faibles (27-55) et si Dailey continue de signer des stats de haute volée (18.1pts à 47.4%) et laisse quelques ardoises (36pts à 14/21 à Cleveland, 34 à 11/18 à New Jersey, 33 à 15/24 à Portland, 36 à 14/22 contre Cleveland de nouveau et son record personnel : 44pts à 17/26 au Madison Square Garden !!), il fait preuve d’irrégularité et continue de traîner ses casseroles derrière lui, notamment la drogue. « Quintin était un super joueur » disait Loughery « Mais il avait tellement de problèmes. Et puis quand l’équipe perd sans cesse, c’est toujours facile de désigner des têtes de turcs et Dailey en est devenu une avec tout ses soucis, ça ne l’a pas aidé. » Dailey est en effet de plus en plus pris en grippe par les médias, qui relatent presque chaque jours les nouvelles frasques de l’arrière. On découvrira quelques années plus tard qu’il était loin d’être le seul joueur des Bulls à avoir des problèmes de drogues à l’époque.

A la Draft 84 Chicago prend Michael Jordan avec le pick numéro 3 et en fait l’incontestable titulaire du poste 2, reléguant Dailey sur le banc. Quelques tensions interviennent alors au sein du groupe et Dailey s’en prend verbalement à son coach. La liste de ses problèmes semble s’allonger chaque jour. Une fois il est suspendu pour avoir sécher un entraînement, une autre fois c’est parce qu’il arrive en retard au stade avant le match … il y a même une fois ou il ne vient pas du tout. Lorsque Rod Thorn va chez Dailey pour voir s’il est là, il le découvre dans un piteux état. Et pire encore, lors d’un match contre San Antonio, il paye les Ball Boys pour qu’ils lui apporte à manger pendant qu’il est sur le banc !! Il en fera une habitude jusqu’à la fin de la saison, il n’est pas rare de le voir sur le banc manger une pizza ou du pop corn pendant que ses coéquipiers courent sur le parquet. Les médias en ont marre et demandent le transfert de l’énergumène, mais Reinsdorf, proprio des Bulls depuis peu, préfère le garder et tenter de l’aider. Lors de l’été 85, les 2 se retrouvent régulièrement et passes des journées entières à parler, de tout, de rien, de la vie. Dailey a perdu ses 2 parents lorsqu’il avait 16 ans et a toujours du mal à vivre avec ça et trouve en Reinsdorf, qui a perdu son père étant jeune, un soutien de taille.

Chicago Bulls: Quintin Dailey

Si bien que quelques jours avant la reprise de la saison NBA 85/86, Dailey appelle en pleine nuit Jerry Reinsdorf pour le supplier de lui trouver un centre pour soigner son addiction à la drogue. Dés le lendemain Reinsdorf l’envoie en Californie ou il restera 1 mois, sans être payé sur la période, avant de retrouver l’équipe pendant la saison. Il jouera peu mais toujours avec des stats importantes (16.3pts en 20.7 mins !!). Mais début février, moins d’une semaine après avoir inscrit 38pts en 21 mins face aux Knicks, il sèche un match contre les Pistons et le vice président Jerry Krause pète un câble : « On va le dégager. J’en ai marre. Il nous à laisser tomber. Moi, l’équipe, les fans, tout le monde. Cette fois ça suffit, si la ligue nous y autorise, on le vire. » Krause a en effet besoin de l’aval de la ligue car Dailey a été traité en début de saison pour ses problèmes de drogues et les règles du CBA sont strictes concernant les joueurs qui ont utilisé leur Drug Program.

Dailey sera finalement laissé libre à la fin de la saison, puisque son contrat arrivait à terme. Auto proclamé « clean », il participe pendant l’été aux programmes NBA pour sensibiliser les Rookies sur la réalité de la vie NBA, il leur parle évidemment de ses histoires de drogues. Il va ensuite jouer pour Jacksonville en CBA avant de recevoir un coup de fil des Los Angeles Clippers en pleine saison, car ils ont besoin de joueurs pour palier une cascade de blessés. « C’est clairement un pari » dira le président des Clippers Alan Rothenberg. « Elgin Baylor et le coach Don Chaney ne sont pas très chaud à l’idée de le faire venir mais on a trop de blessés, il nous faut des joueurs. » Dailey ne laisse pas échapper cette opportunité et signe 3 saisons correctes en Californie mais surtout, plus de casseroles, plus de problèmes de drogues ou autre à reporter. Lors de sa 3ème année chez les Clipps, il devient titulaire et tourne à 16.1pts de moyenne à 46.5% mais ne sera pas conservé à la fin de son contrat. Il signe alors plusieurs 10 day contracts aux Seattle Sonics mais l’envie n’est plus vraiment là, lassé du Basket et du fait qu’on lui reparle sans cesse de ces histoires de viol et de drogues. « Parfois je me dis que quand j’arrêterais ma carrière, ça ne me manquera pas, parce qu’on ne me reparle que de ces histoires, jamais de mes performances sur les parquets. Ce serait bien de passer à autre chose. » dira t’il alors. Juste avant noel 1991, les Sonics le coupent et il finira la saison en CBA avant de prendre sa retraite, à 31 ans.

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Ce que Dailey souhaitait le plus à sa retraite, c’était de retrouver l’anonymat et qu’on ne vienne plus lui parler de ses affaires. Il s’installe à Las Vegas ou il travaillera de nombreuses années dans un centre de réhabilitation pour jeunes en difficulté, auxquels il fera partager son expérience. Il fera aussi régulièrement l’arbitre lors de tournois de Basket dans le Nevada. Personne n’entend parler de lui pour autre chose que son implication dans la communauté et ses problèmes semblent définitivement derrière lui. Le 8 novembre 2010, il meurt dans son sommeil à l’age de 49 ans dans sa maison à Las Vegas.

Le plus paradoxal dans tout ça est peut être que Dailey était vu comme quelqu’un d’exemplaire avant d’être accusé de viol. C’était un élève modèle en High School dans une école stricte de Baltimore et son coach de l’époque disait même qu’il dénonçait ses coéquipiers qui tentait de se procurer de l’alcool lors des déplacements !! Au final Dailey laisse comme un gout d’inachevé et n’a jamais réussi à mettre de côté ses démons pour exploiter tout son formidable potentiel. Il était clean depuis pratiquement 20 ans au moment de son décès.

Stats NBA (entre parenthèses, ses stats à Chicago) :

Matchs : 528 (272)
Points : 7470 (4473)
Rebonds : 1307 (771)
Passes : 1188 (792)

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