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Tom Boerwinkle

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Thomas F Boerwinkle
Né le : 23 août 1945
Taille / Poids : 2m13, 120kg

Définition même du « Gentil géant » et joueur en retrait des Bulls des années 70, Tom Boerwinkle figure pourtant parmi les joueurs dont on se souvient le plus lorsqu’on évoque les Bulls de cette période là. Pataud, peu athlétique, il a pourtant laissé son empreinte en tenant la dragée haute chaque soir aux Wilt Chamberlain, Bill Walton, Lew Alcindor (Kareem Abdul Jabbar), Nate Thurmond et autres pivots dominants de l’époque. Son secret ? Un sens de la passe rarement vu en NBA à l’époque. Découverte d’un Joakim Noah avant l’heure.

C’est à Cleveland dans l’Ohio qui Tom Boerwinkle voit le jour en 1945. Il passera une grande partie de son enfance dans la ferme familiale avant de s’intéresser au Basket en High School, avec une taille qui ne passe déjà pas inaperçu parmi ses camarades de classe. Néanmoins sa lenteur et son manque de mobilité n’attirent pas les scouts, l’un d’eux déclarant même que c’est le pire pivot qu’il ait vu jouer de sa vie. Il ira tout de même à l’Université de Tennessee et après 2 saisons ou il restera surtout sur le banc, il va éclater après un été passé à se forger physiquement et va mener son équipe au titre de champion de la SouthEastern Conference en 1967 puis sera nommé dans la 1st Team All American l’année suivante, étant le leader de sa Fac aux rebonds lors de ces 2 saisons là (10.2 puis 11.3 prises, avec aussi 15.3pts lors de son année Senior).

De quoi susciter l’intérêt des Denver Rockets, qui le sélectionne lors de la Draft ABA en 1968. Mais Boerwinkle rêve de NBA et lorsqu’il reçoit la visite de Ray Meyer, pressenti pour devenir le coach des Chicago Bulls, et que ce dernier lui dit qu’ils veulent le choisir lors de la Draft, il décide de se lier avec les Bulls. Le lendemain, Chicago sélectionne donc Tom Boerwinkle avec leur pick #4 et comble son manque de taille, une donnée obligatoire à l’époque pour bien figurer en NBA. D’ailleurs, les 3 picks précédents le sien sont tous des intérieurs (Elvin Hayes, Wes Unseld et Bob Kauffman, qui passera par les Bulls plus tard). Mais finalement, c’est Dick Motta, et non Ray Meyer, qui devient coach de la jeune Franchise (2 ans d’existence seulement).

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Un problème pour Boerwinkle, car si Motta n’a aucune expérience dans le coaching, il sait ce qu’il veut et impose des séances d’entraînements très physiques à ses jeunes troupes. Avec sa carrure (2m13, 120kg) et son manque de mobilité, Tom a du mal à suivre. « Les Rookies et les joueurs en quête de contrat débutaient le Training Camp 2 semaines avant l’arrivée des pros et Motta nous a imposé 2 séances chaque jour. Chaque matin mon compagnon de chambre devait me sortir du lit tellement j’avais mal partout. C’était tellement intense que chaque matin on constatait que des joueurs s’étaient barrés pendant la nuit. » explique Boerwinkle.

Mais « Big Tom » s’accroche, tient le coup et fait partie du roster. Titulaire dans une équipe qui compte d’énormes scoreurs (Bob Boozer, Clem Haskins, Jerry Sloan puis l’arrivée en cours de saison de Bob Love), Boerwinkle est loin d’être une option prioritaire, ce qu’il ne réclame pas de toute façon. Joueur plus intéressé par le collectif que les performances individuelles, il se concentre sur les rebonds, au point d’être le leader de l’équipe avec 11.1 prises par matchs, et démontrant de bonnes qualités de passeur, devant un élément important pour jouer les pick’n’roll et servir ses ailiers qui partent au cercle. Pas spécialement adroit malgré sa taille et son envergure, il se débrouille pour scorer avec ce qu’on lui donne (9.8pts par match), mais c’est lors de sa 2ème saison qu’il va se distinguer.

Avec l’arrivée de Chet Walker et l’émergence de Bob Love, Boerwinkle est l’autre bonne surprise d’une saison ou Chicago va enfin aligner les victoires. Jamais donné favori mais toujours combatif, Boerwinkle est à l’image de la franchise et donne du fil à retordre à ses adversaires, les bousculant sur chaque bataille au rebond et les obligeant à s’éloigner du cercle en attaque, avec sa capacité à jouer tête de raquette pour libérer des espaces à ses ailiers. Love et Walker se régalent de ses passes lobées, et lui même s’invite parfois au scoring (22pts contre Detroit, 26 contre San Diego), avec un Hook devenu une arme dangereuse et sa grosse présence aux rebonds offensifs.

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Le 8 janvier 1970, il établi un record de franchise avec 37 rebonds captés en 35 mins face à Phoenix dans des conditions rocambolesques : Alors qu’il fait un froid Sibérien à Chicago (plus de 10 jours de suite en dessous de 0 à ce moment là), une panne de chauffage dans le Chicago Stadium menace la tenue de la rencontre. Finalement les arbitres décident de jouer le match, avec des spectateurs qui portent de grosses vestes et des joueurs + staffs en mitaine et gros blousons sur le banc. Les Bulls s’imposent 152-123 avec plusieurs autres records de franchise qui tiennent encore aujourd’hui : 71 lancés francs tentés, 56 réussis, 5 joueurs à plus de 20 pts (dont 22 pour Boerwinkle) !! Sa marque de 37 rebonds n’a jamais été battue depuis, seul Moses Malone l’a égalée en 1979. 2 semaines plus tard, Boerwinkle inscrivait un Career High de 29pts à Atlanta, une équipe qui lui réussi car il tourne à 17.7pts et 14.4rbs face à eux lors de leur confrontation quelques mois plus tard au 1er tour des PO, même si ce sont les Hawks qui se qualifient (3-2).

Il tournera néanmoins en Double Double sur la saison (10.4pts, 12.5rbs), tout comme lors de la saison suivante, son année la plus aboutie, ou il signe 5 Triple Doubles pts/rbs/asts et affiche des stats bluffantes (10.8pts, 13.8rbs et 4.8asts !!). Son principal fait d’arme cette saison là reste son duel face à Lew Alcindor (futur Kareem Abdul Jabbar), à quelques semaines des Play-Offs. Milwaukee arrive au Chicago Stadium avec une série de 20 victoires, record à l’époque en NBA et Alcindor, 22 ans et dans son année Rookie, détruit tout sur son passage (31pts et 16rbs de moyenne). Boerwinkle signe ce soir là 21pts et prend 33 rebonds, tout en faisant un travail de sape sur Alcindor, qui devra cravacher sur chacun de ses 39pts. Chicago s’impose 110-103 en prolongation et met fin à la série des Bucks, qui seront champions NBA 3 mois plus tard et Alcindor MVP de la Saison régulière et des Finals !!

Pour ce qui est de Chicago, le parcours s’arrête dés le 1er tour face aux Los Angeles Lakers mais il s’agit de la première saison à plus de 50 victoires de l’histoire du club, une performance que les Bulls vont rééditer lors des 3 années suivantes, buttant 2 nouvelles fois face aux Los Angeles Lakers au 1er tour avant d’enfin gagner une série de PO en disposant de Detroit en 1975 … et de subir un sweep de la part des Bucks !! Durant cette période Chicago fait partie des outsiders de la ligue avec son quatuor Sloan, Van Lier, Walker, Love, avec bien sur Boerwinkle pour solidifier tout ça. Bounce Pass, Back Door, Boerwinkle régale ses partenaires avec gourmandise. « Il était presque notre rampe de lancement. Il nous a rendu la vie facile avec ses passes » déclarait Jerry Sloan « Avec John Stockton, c’est le seul joueur que je connaisse qui demandait à ses coéquipiers à quel endroit ou quel moment il préférait recevoir le ballon. Il avait vraiment un don pour donner la passe dans le bon timing. »

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Mais une grave blessure va briser son élan. Lors de la saison 72/73, il se blesse dés le 3ème match au genou gauche et ne reviendra que pour une poignée de rencontres avant les PO, alors qu’il n’avait manqué que 5 matchs en carrière jusqu’alors. Mais il rechute dés le Game 1 et joue fortement diminué, ne pouvant empêcher le sweep infligé par les Lakers au 1er tour. La saison suivante il manque 36 matchs pour diverses blessures au dos, aux genoux et chevilles, ne participant qu’à 7 mins en 2 matchs lors du parcours en PO.

Devant tout ces pépins physiques et pensant qu’il ne leur manque qu’un pivot d’envergure pour atteindre les sommets, les Bulls engagent le vétéran Nate Thurmond, 33 ans, pour en faire leur pivot titulaire. Et dés son 1er match, il signe le 1er Quadruple-Double de l’histoire de la NBA (22pts, 14rbs, 13asts, 12blks) !! Remplaçant, Boerwinkle est ménagé et retrouve doucement ses sensations, sans connaitre de rechute, et se refait une santé. Il ne manque que 2 matchs d’une saison ou Chicago remporte pour la 1ère fois sa division mais échoue aux portes des NBA Finals, battus 4-3 par les Golden State Warriors après avoir menés 3-2 avec le G6 à Chicago … Thurmond n’aura pas été aussi précieux que prévu (aucun match à au moins 10pts en PO, 6.3rbs en moyenne) et est tradé après 13 matchs lors de la saison suivante, ce qui permet à Boerwinkle de retrouve sa place de Starter.

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A 30 ans, Boerwinkle retrouve ses sensations et si Chicago n’est déjà plus une équipe compétitive (retraite de Chet Walker, départ de Thurmond, longue blessure de Sloan, bilan de … 24-58 !!), au moins la saison du grand Tom est rassurante (8.8pts à 50.0%, 10.7rbs, 3.8asts) avec même une pointe à 31 points, son Career High, face à … Atlanta. Mais il ne représente plus l’avenir et n’est pas surpris lorsque les Bulls font venir Artis Gilmore, véritable légende de l’ABA. Derrière l’imposante afro de Gilmore, Boerwinkle voit son temps de jeu descendre à 13mins par match, mais jamais il n’ira se plaindre, privilégiant toujours le collectif à sa situation personnelle. D’autant qu’en plus, les Bulls, meilleure défense de la ligue, signent un bilan de 44-38 et retrouvent les PO, mais chutent dés le 1er tour contre les futurs Champions, Portland.

La saison 77/78 sera sa dernière, avec une grosse blessure début décembre qui l’oblige à faire une croix sur le reste de sa saison, mais pas que, car Boerwinkle décide d’arrêter les frais et prend sa retraite, à 32 ans et une carrière de 10 ans intégralement jouée chez les Bulls (seuls Jordan et Pippen ont joués plus d’années que lui à Chicago), ou il est encore le 8ème meilleur passeur de la franchise avec 2007 assists, mais surtout le 2ème rebondeur et 4ème aux Triples Doubles (détrôné du podium par Joakim Noah la saison dernière).

Personnalité discrète et attachante, il est décrit comme l’un des rare joueur de l’époque à ne jamais commencer ses phrases par « Moi, quand je jouais … ». En le voyant dans la rue, rien ne laisse croire qu’il a eu une carrière NBA. Lorsqu’il se lance dans les affaires après sa carrière de joueur, à aucun moment il ne mentionne son passé pour obtenir un quelconque avantage. Il rachète une compagnie pétrolière à la dérive et la transforme en entreprise qui fait des bénéfices en quelques années. Puis le Basket lui manque et il devient commentateur des matchs des Bulls au début des années 90, vivant et racontant les 3 premiers titres de Champion de sa franchise de toujours, en compagnie de Neil Funk, qui commente toujours les Bulls aujourd’hui, avec à ses côtés un autre ancien joueur de la franchise, Stacey King.

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Au début des années 2000, on lui diagnostique une forme de Leucémie, mais peu de monde à part sa famille en aura connaissance, ce n’est que le 26 mars 2013, lorsqu’il est retrouvé mort dans son sommeil, que la majorité des gens découvrent qu’il avait cette maladie. Il ne laissait rien paraître, apparaissant fréquemment au United Center pour assister aux matchs des Bulls et saluer quelques connaissances. Il laissera dans l’esprit de tous cet image de gentil géant, qui aura toujours été plus attentif au collectif qu’à sa personne, jamais dominateur, pas un All Star, mais un joueur de devoir, qui a su se faire une place dans une ligue dominée par les pivots à son époque. « Tom affrontait tout les soirs des mecs comme Chamberlain, Abdul Jabbar, Thurmond, Bob Lanier, Wes Unseld etc, c’était tout le temps un gars de ce niveau en face de lui, et à l’époque, les aides défensives n’existaient pas, c’était du pur homme à homme et Tom y allait avec plaisir tout les soirs, sans jamais se plaindre. C’était vraiment un super coéquipier. » l’hommage est signé Sloan, une bien belle conclusion.

Stats en carrière :

Matchs : 635 (7ème chez les Bulls)
Points : 4596
Rebonds : 5745 (2ème chez les Bulls)
Assists : 2007 (8ème chez les Bulls)

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