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La saison 1992/93

Contre l’avis de Jerry Krause, Michael Jordan et Scottie Pippen participent aux Jeux Olympiques de Barcelone pendant l’été, ou ils forment l’iconique Dream Team, en compagnie de légendes du BasketBall telles que Larry Bird, Magic Johnson, Patrick Ewing, Karl Malone, John Stockton, Clyde Drexler, Charles Barkley, Chris Mullin et David Robinson. Ils remportent l’Or sans forcer et à son retour à Chicago, Jordan déclare à Phil Jackson qu’il a été impressionné de voir à quel point Pippen dominait tout le monde aux entraînements, lui y compris, par sa polyvalence et sa technique ! Mais cet été chargé aura laissé des traces, avec des soucis aux chevilles pour Pippen et à la voûte plantaire pour MJ. Phil Jackson les ménage pendant la pré-saison, ce qui fait dire à Horace Grant qu’il y a 2 poids, 2 mesures dans l’équipe. Une déclaration qui va peu à peu l’éloigner de Pippen, dont il était très proche jusqu’alors.

Jordan de son côté a des problèmes de motivation et considère qu’il a tout gagner et plus rien à prouver. Les affaires extra sportives de la saison précédente et qui le poursuivent lui retirent petit à petit sa joie de jouer et Jackson doit développer des trésors d’ingéniosité pour le garder motivé. Mais quel plus beau challenge que de devenir la 3ème équipe de l’histoire de la ligue à remporter le titre 3 ans de suite, derrière les Minneapolis Lakers au milieu des années 50 puis les 8 trophées de suite des Boston Celtics dans les années 60 ? Problème, Bill Cartwright (35 ans) et John Paxson (32ans) ont tout deux subit une opération au genou pendant l’été et s’en remettent péniblement.

La saison débute plutôt bien avec Jordan qui plante un THREE au buzzer pour battre les Pistons en prolongation dés le 4ème match et un bilan de 9-2 avant un violent revers chez les Knicks fin novembre (112-75), qui va faire mal moralement à ce groupe qui ressent également beaucoup de fatigue avec beaucoup de joueurs diminués, d’autant que Jordan se foule le pied pendant ce match ! Ils perdront le match suivant à Boston, sans Jordan, et devront attendre mi décembre pour débuter une série de 7 victoires, avant de retomber dans leurs travers en janvier, ou les prestations se feront plus laborieuses et le bilan sera même négatif (7-8, dont 4 revers sur les 5 derniers matchs du mois). Au 30 janvier, les Bulls comptent 15 défaites, soit autant que la saison précédente !

Tout n’est évidemment pas catastrophique et il y a quelques bonnes nouvelles, comme la parfaite intégration de BJ Armstrong à son nouveau rôle de titulaire. Au culot et avec une énergie dingue soir après soir, il s’impose comme une vraie option offensive avec une adresse à 3pts épatante et de grosse qualité athlétique. Jackson tentera bien de remettre Paxson dans le 5 mais ce sera éphémère, le jeune meneur scoreur est devenu une arme que le coach ne peut plus ignorer. Même Jordan apprécie la combativité de son nouveau partenaire dans le backcourt.

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L’autre bonne nouvelle est le rôle accru de Scottie Pippen, de plus en plus responsabilisé offensivement, avec la plupart des ballons qui passent entre ses mains pour poser les systèmes et diriger l’attaque, ce qui enlève pas mal de pression à Jordan qui chercher des défis à se mettre sous la dent. Après être devenu le 2ème joueur le plus rapide à inscrire 20000 pts en carrière (le 8 janvier contre Milwaukee, match ou il met 35pts), puis collé 64pts au Magic d’Orlando, qui avait décidé de lui laisser le champ libre et défendre plus durement sur les autres (victoire d’Orlando au Chicago Stadium, 124-128 en OT), il annonça vouloir se venger de l’ailier de Washington LaBradford Smith, qui aurait chambrer Jordan après avoir inscrit 37pts face à lui. Les 2 équipes s’affrontent de nouveau le lendemain et Jordan déclare qu’il inscrira 37pts aussi, mais en une mi-temps. Après avoir débuté par 8/8 aux tirs, il atteint la pause avec 36 unités, son tir au buzzer étant ressorti. Il finira le match avec 47pts et avouera des années plus tard que tout ceci n’étant qu’une invention. Smith ne l’avait jamais chambré, Jordan cherchait juste un moyen de se motiver …

Au fil des semaines il commençait à parler de retraite à ses coéquipiers, qui ne prenaient pas vraiment tout ça au sérieux. Mais c’est à ce moment que les Bulls ont commencé à aller mieux et ont resserrer les boulons. Avec les retours en forme de Paxson et Cartwright plus un apport prolifique du banc, les Bulls signent 24 victoires pour 6 défaites entre le 15 février et le 22 avril, ou l’on retrouve une équipe sure de sa force, pleine de confiance et qui domine les rencontres comme lors des saisons précédentes, avec quelques cartons (+18 contre Sacramento et Utah, +28 cotre Dallas, +25 à Washington, +21 contre Orlando, +27 contre Miami, +29 face à Philadelphie …). Une fabuleuse série qui permet à la franchise de remporter sa division pour la 3ème année de suite, mais leur bilan final de 57-25, soit 10 victoires de moins que la saison précédente, est insuffisant pour occuper la tête de la conférence Est : les New York Knicks, le grand ennemi du moment, signent une saison à 60 victoires, tandis que le meilleur bilan de la ligue revient aux Phoenix Suns (62-20).

Autant dire qu’au moment de débuter les Play-Offs, les Bulls ne sont pas donnés favoris pour obtenir un 3ème titre de suite. Mais opposé aux Hawks d’Atlanta, Chicago ne fera pas dans la demi mesure, signant un sweep autoritaire articulé autour d’une défense imperméable et malgré les bons efforts de Kevin Willis et de Dominique Wilkins, auteur de 37pts au Game 2, le suspense n’aura pas lieu et les Bulls se défont rapidement des faucons pour se concentrer sur le tour suivant et un duel familier avec les Cleveland Cavaliers !

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Les Cavs ont engagé Gerald Wilkins l’été précédent et ce dernier assure qu’il va tout faire pour empêcher Jordan de nuire. Bien mal lui en a pris … Dés le Game 1, MJ multiplie les feintes, les démarrages au cercle et rend fou Wilkins. A plusieurs reprises Jordan se retourne vers le banc des Cavs en leur disant « il ne peut pas défendre sur moi ». His Airness termine le match avec 43pts à 16/30 et 11/11 aux lancés. Chicago prend aisément les 2 matchs à domicile et veulent finir le travail dans l’Ohio. Et malgré la combativité des Cavs, qui affichent de sacrés options offensives entre Price, Nance, Elho ou Daugherty, les Bulls sont au dessus et remportent le 3ème match sans grande difficulté. Cleveland ne s’avoue pas vaincu et va tout tenté pour éviter un sweep qui serait humiliant quand on fini à 54-28, soit seulement 3 victoires de moins que son adversaire. Gerald Wilkins pense éviter ce fameux sweep avec un 3pts dans le coin à 18 secondes du terme, mais Jordan en décide autrement, temporise puis réussi ce qui deviendra « The Shot II », un panier au buzzer qui élimine les Cavs chez eux, comme en 1989 !

Après 2 sweeps consécutifs, les Bulls savent que c’est un tout autre challenge qui les attend désormais. Les New York Knicks, qui ont poussé Chicago jusqu’au Game 7 la saison précédente, sont extrêmement revanchards et sont prêts à en découdre, avec en plus l’avantage du terrain. Ils sont donnés favoris et justifient ce statut en remportant les 2 premiers matchs au Madison Square Garden avec une défense intense et des Knicks qui affichent clairement leur haine des Bulls. Dans la dernière minute du Game 2, John Starks réussi un Dunk stratosphérique sur Jordan et Grant, que Pat Riley, coach de NY, baptisera « le point d’exclamation ».

Lorsque la série retourne dans l’Illinois, un scandale éclate avec un journaliste de New York qui annonce avoir vu Jordan dans un casino d’Atlantic City au matin du Game 2. De nombreux journalistes se ruent devant la salle d’entraînement des Bulls pour questionner Jordan sur ses habitudes de jeu, au point que James Jordan, son père, prendra la parole pour calmer tout le monde : « Mon fils n’a pas un problème de jeu, mais un problème de compétition. » Toute cette cohue ne suffira pas à perturber le groupe, qui réagit lors des 2 matchs au Chicago Stadium, grâce à un Scottie Pippen de gala, qui multiplie les actions défensives décisives et impose un rythme offensif plus élevé que les Knicks ont du mal à suivre. Les Bulls l’emportent de 20pts (103-83) et Patrick Ewing déclare que de toute façon son équipe n’a pas besoin de gagner à Chicago. Au Game 4, Jordan décide qu’il est temps de passer aux choses sérieuses. Gêné comme rarement défensivement par Starks jusqu’ici dans la série, il prend les choses en main au Game 4 en collant 54pts aux Knicks, qui s’inclinent de nouveau (105-95).

La série repart à New York et le Game 5 est extrêmement disputé, les actions musclées se succèdent dans une vraie bagarre des tranchées, Patrick Ewing réussi un And One puis un rare 3pts dans le 4ème quart et donne l’avantage aux siens, mais Chicago revient et Jordan trouve Armstrong seul à 3pts dans le coin. Le tir du meneur fait mouche et Chicago mène 95-94 avec une vingtaine de secondes à jouer. Les Knicks attaquent le cercle, Charles Smith est contré par Grant, reprend la balle et se fait contrer par Pippen, reprend la balle et se fait de nouveau contrer par Pippen ! Chicago s’en sort et Armstrong inscrit un dernier lay-up qui offre la victoire aux siens, 97-94 !

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Les Bulls décident d’en finir au Game 6 devant des Knicks abattues devant la défaite précédente. Scottie Pippen est une nouvelle fois l’un des artisan majeur de ce succès, ou Horace Grant chambre Ewing en célébrant un And One de la même manière que le pivot des Knicks au G5. Les Bulls ont totalement renversé la tendance et les pronostiques, les voilà de nouveau en NBA Finals, face aux Phoenix Suns !

La encore les Bulls ne sont pas donné favoris face aux Suns, meilleur bilan de la NBA et qui possèdent le MVP de la saison régulière en la personne de Charles Barkley, en plus de l’avantage du terrain. Pourtant, le Game 1 ne laissera que peu de place au suspense, Chicago attaquant le match avec beaucoup d’énergie pour prendre jusqu’à 20pts d’avance dés le 2ème quart. La réaction de Barkley et Dumas n’y changeront rien, Les Bulls ont déjà repris l’avantage du terrain en s’imposant 100-92. Phoenix attaque le match 2 avec beaucoup plus d’énergie et les 3pts de Majerle et Ainge, qui dispute ses 2èmes finales contre les Bulls après celle de 92 avec Portland, font mal à la défense de Chicago. Jordan et Barkley se rendent coups pour coups au fil des minutes, ils termineront tout les 2 avec 42pts au compteur (+ 12rbs et 9asts pour Jordan) tandis que la fin de match est très serré mais Pippen (auteur d’un Triple Double avec 15pts, 12rbs, 12asts) contre la tentative de 3ts de Danny Ainge et assure le succès des siens, faisant de Phoenix la 1ère équipe de l’histoire de la NBA à perdre les 2 premiers matchs des NBA Finals à la maison !

Mais les Suns sont loin de se laisser décourager et veulent prouver qu’ils ne sont pas là par hasard. Dans un Game 3 fabuleux du début à la fin, les 2 équipes se livrent une bataille intense sans pouvoir se départager, Phoenix ayant même énormément de réussite à l’image de Dan Majerle qui rentre un 3pts à 9 mètres ! Barkley a le tir de la gagne au bout des mains mais échoue face à Horace Grant, le match va en prolongation ou c’est cette fois Danny Ainge qui a le tir de la victoire, mais il échoue également. 2ème prolongation et cette fois c’est Pippen qui peut mettre fin aux débats mais lui aussi manque son tir ! 3ème prolongation, l’ambiance est étouffante dans un Chicago Stadium plein comme un oeuf, mais cette fois les 3pts de Ainge et Majerle vont faire la différence pour offrir aux Suns un incroyable succès à Chicago, 129-121 en triple prolongation.

Au match 4 Jordan est bien décidé à remettre les siens en scelle avec 16pts dans le 2ème quart-temps, mais Majerle réplique avec 2 paniers à 3pts dont un avec la faute de Jordan juste avant la pause ! Par la suite les esprits s’échauffent, Barkley bouscule Pippen, Armstrong balance Kevin Johnson dans les photographes puis Jordan et Ainge doivent être séparés par leurs partenaires et les arbitres. MJ se vengent en multipliant les attaques du cercle pour des And One en force mais là encore la réplique est immédiate avec Barkley qui prend régulièrement le meilleur sur Horace Grant. Comme au Game 3, le score est extrêmement serré jusqu’au bout. 106-104 Chicago et 33 secondes à jouer quand Armstrong intercepte une remise en jeu qui permet à Jordan de temporiser puis placer un nouveau And One dévastateur ! 55pts pour MJ, qui égale le record de Rick Barry en NBA Finals et une victoire 111-105 pour Chicago, à un seul succès du triplé !

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Tout Chicago attend la victoire des Bulls au Game 5 à la maison et la parade est prête à partir, personne n’imaginant Phoenix ruiner la fête. Et pourtant les Suns donnent tout, se jettent sur tout les ballons, attaquent le cercle avec férocité à l’image de Kevin Johnson, Richard Dumas et Charles Barkley. Les 41pts, 7rbs, 7asts de Jordan n’y changeront rien, la franchise de l’Arizona gâche la fête et ramène la série à la maison, après 2 victoires sur 3 en terres ennemies ! Critiqués de toute part pour leur manque de concentration, les Bulls répliquent en attaquant le match 6 à fond et avec pas mal de réussite à 3pts, avec 9 paniers primés dans les 3 premiers quart-temps pour mener 87-79.

Mais le dernier quart démarre très mal, avec un 0/9 aux tirs et 2 balles perdues, ce qui permet aux Suns de revenir et même passer devant sur un 3pts de Majerle. Les Bulls sont clairement frustré par le pressing défensif des Suns et commettent plusieurs violation des 24 secondes. Phoenix possède 4pts d’avance avec 1 minute 30 à jouer et on semble aller vers un Game 7 chaud bouillant. Mais Jordan réduit vite l’écart avec un Coast to Coast puis la défense des Bulls provoque un Air Ball à 4 mètres de Dan Majerle et une violation des 24 secondes. Il reste 14.4 secondes à jouer, 98-96 Phoenix et tout le monde sait que Jordan aura le dernier tir, celui de la victoire, celui du triplé historique. Pippen s’engouffre dans la raquette et trouve Grant sous le cercle, mais ce dernier ressort la balle pour … John Paxson, qui rentre un 3pts totalement démarqué et met les Bulls devant avec 3.9 secondes au chrono ! Kevin Johnson a le dernier tir mais il est contré par Horace Grant et Chicago écrit l’histoire en remportant le titre NBA pour la 3ème année consécutive, une exploit rare en NBA !

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Voilà les Bulls au sommet de la NBA une fois de plus. Ils ont réussi là ou les Los Angeles Lakers et les Detroit Pistons avaient échoué tout récemment. Mais ce titre aura été extrêmement compliqué à obtenir en raison d’affaires externes au Basket qui ont perturbé la vie du groupe. Les joueurs sont usés, physiquement et moralement et le plus gros challenge se dresse alors sur leur route : continuer ainsi !

Bilan : 57-25
Classement : Champion de la Central Division, 2ème de la conférence Est
Attaque : 105.2PPG (15ème sur 27)
Défense : 98.9PPG (2ème sur 27)
Meilleur marqueur : Michael Jordan (32.6)
Meilleur rebondeur : Horace Grant (9.5)
Meilleur passeur : Scottie Pippen (6.3)

Crédit Montage : Laurent Rullier (Basket Rétro)

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