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La saison 1993/94

L’été 93 prendra une tournure dramatique pour les Bulls mais surtout pour Michael Jordan, qui apprend le décès de son père, abattu sur une aire d’autoroute en Caroline du Nord. L’épreuve de trop pour Jordan qui annonce sa retraite du Basketball après 9 années passées dans la ligue, 3 titres NBA consécutifs mais aussi des affaires extra-sportives de plus en plus virulentes. Sans leur leader, les Bulls doivent bouger les choses pour tenter de se maintenir au top niveau et viser un 4ème titre de suite. Pippen obtient les clés de la franchise, tandis que les dirigeants vont en Italie chercher l’arrière Pete Myers et le pivot Bill Wennington, puis signent le shooteur Steve Kerr en provenance d’Orlando. Mais la recrue phare se nomme Toni Kukoc. L’ailier Croate, qui vient lui aussi de passer une saison en Italie, a été drafté en 1990 par Chicago et Jerry Krause en est un fan absolu. Il lui offre donc un très gros contrat, ce qui va rendre fou Scottie Pippen, qui passera l’année à s’estimer sous payé …

Après une victoire inaugurale sur le parquet des Hornets en prolongation (124-123), Chicago reçoit Miami le lendemain avec remise des bagues et levée dans le Chicago Stadium de la bannière de champion 1993. Michael Jordan est présent pour récupérer sa bague et assiste depuis le bord du parquet à une cuisante défaite de son ancienne équipe (71-95). Phil Jackson dira pourtant que cette défaite est une bonne chose et que les gars doivent comprendre que Jordan n’est plus là pour les porter et qu’ils doivent apprendre à s’en sortir par eux mêmes.

Par contre, ils possèdent un Rookie détonnant avec un Toni Kukoc qui se montre d’entrée : 13pts, 7rbs, 8asts dans un blowout d’Atlanta (106-80) puis un Buzzer Beater lors du 4ème match de la saison, un déplacement à Milwaukee remporté 91-90 ! Néanmoins, le Croate est souvent frustré par Phil Jackson et peine à s’acclimater au système en triangle. L’adaptation est difficile pour lui et pour l’équipe, qui va enchaîner 6 défaites en 7 matchs, dont quelques revers cuisants (-22 à Portland, -25 à San Antonio), le tout sans Pippen blessé jusqu’à fin novembre ! Du coup l’ensemble manque de repère et les recrues ont du mal à se mettre en évidence.

Mais au retour de « Da Pip », tout se met en place comme par magie. Il signe 29pts à 11/18, 11rbs et 6asts lors d’un large succès contre Phoenix (132-113) le soir de son retour puis l’équipe décolle en explosant tout sur son passage : 13 succès lors des 15 matchs suivants, dont une série de 10 victoires, ne perdant qu’à Philadelphie et Charlotte avant de passer à l’année 1994 ! Une série qui permet à Pippen, auteur de 2 Triple Doubles (22pts, 11rbs, 10asts contre Charlotte et 16pts,10rbs, 10asts face à Detroit), d’être élu joueur de la semaine en NBA pour la dernière semaine de décembre, tandis que Toni Kukoc réussi le panier de la gagne contre Orlando le soir de noël. Avec une pression accrue en tant que leader du club et successeur de Jordan, Pippen prend ses responsabilités et dirige l’équipe d’une main de maître, impliquant tout le monde dans le collectif. « Scottie n’a jamais chercher à faire ce qu’il ne savait pas faire, il n’a jamais tenté d’inscrire 30 points par match, il a plutôt fait ce que les grands joueurs font : ils rendent les autres meilleurs. » explique Steve Kerr. La preuve ? Lors du All Star Game, Pippen est accompagné par Horace Grant et BJ Armstrong ! C’est la 1ère fois que les Bulls ont 3 représentants au All Star Game et Pippen remporte le titre de MVP du match (29pts à 9/15 dont 5/9 à 3pts, 11rbs, 4stls).

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Au moment de la coupure All Star, les Bulls présentent un bilan de 34-13 après un janvier réussi (11-3) et un excellent West Road Trip pour débuter février (5-1 On the Road dont une démolition en règle des Clippers, 118-89 avec 22pts, 14rbs, 9asts, 4stls de Pippen). Mais pourtant, la coupure va faire beaucoup de mal à l’équipe. Grant et Cartwright manquent quelques matchs sur blessure, tout comme John Paxson qui passera les 3/4 quarts de la saison à l’infirmerie et les Bulls vont enchaîner 3 défaites à la reprise, puis 3 victoires et 5 nouvelles défaites dont 4 de suite à la maison (-10 contre Indiana, -8 face à Cleveland et aux Lakers et un terrible -19 contre Portland) ! Stacey King est échangé à Minnesota contre le pivot Australien Luc Longley, qui terminera la saison en tant que titulaire sans que ça change grand chose à la dynamique très pauvre de l’équipe.

Il faudra un match titanesque de Pippen (39pts à 17/27 dont 4/8 à 3pts, 6rbs, 10asts et 9stls) pour mettre une raclée à Atlanta (116-95) … mais les Bulls perdront violemment chez ses mêmes Hawks 3 jours plus tard (108-77) ! La suite sera bien meilleure avec 17 victoires sur les 22 derniers matchs pour réussir une solide remontée au classement. Le 26 mars, les Bulls signent leur 45ème victoire de la saison sur un 3pts au buzzer de Toni Kukoc alors qu’il ne restait que 0.8 seconde au chrono après un tir réussi de Reggie Miller qui se met à chambrer la foule. Cette victoire est la première d’une série de 10 succès de suite, de quoi lutter jusqu’au bout avec Atlanta pour remporter la division centrale. Mais malgré un succès face à ces mêmes Hawks le 18 avril, ce sont bien ces derniers qui remporteront la division, pour 2 petites victoires, 57-25 contre 55-27.

2èmes de la division et 3èmes de l’Est, les Bulls entament la quête assez improbable d’un 4ème titre de suite en affrontant les Cleveland Cavaliers au 1er tour. C’est la 5ème confrontation en 7 saisons entre les 2 franchises et les Cavs sentent que sans Jordan, l’heure est à la revanche malgré l’avantage du terrain et de l’expérience pour Chicago. Grâce à une grosse défense sur Mark Price (2/11) et avec l’apport improbable de Scott Williams qui signe 21pts en sortie de banc, les Bulls prennent assez aisément le Game 1 (104-96), puis le Game 2 (105-96) en tournant à 55.7% aux tirs. A la maison, les Cavs tenteront bien de renverser la situation et poussent les Bulls en prolongation, mais les hommes de Phil Jackson assurent le sweep derrière les 18pts de Kukoc en tant que remplaçant.

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Au second tour, c’est une nouvelle rivalité de taille qui attend les Bulls. Une rivalité bien plus agitée et violente : les New York Knicks. C’est la 5ème année de suite que Chicago et New York s’affrontent en Play-Offs et la aussi il y a de la revanche dans l’air entre 2 équipe qui ne peuvent pas se supporter. L’ambiance est électrique dans la Big Appple quand les Knicks remportent d’un rien les 2 premiers matchs, ou Pippen est limité à un vilain 14/34 aux tirs (mais 19/20 aux lancés). Le match 3, à Chicago, va constituer un véritable tournant pour l’équipe. Dans un match une nouvelle fois serré et indécis, Patrick Ewing égalise à 102-102 avec 1.8 seconde à jouer. Phil Jackson prend un temps mort et planifie un système ou Pippen remet la balle en jeu pour Kukoc, qui a déjà réussi 3 Buzzer beaters ou Game Winning Basket en saison régulière. Mais Pippen, toujours aussi jaloux de Kukoc, refuse catégoriquement et va s’asseoir sur le banc. Choqués, les autres joueurs ne savent pas comment réagir mais Jackson désigne Meyers pour faire la remise en jeu. Kukoc récupère la balle et prend immédiatement un tir à 3pts qui rentre pour une victoire au buzzer cruciale pour la suite de la série !

Mais les Bulls ne fêtent pas particulièrement cette victoire, qui passe inaperçu tant le comportement de Pippen a choqué tout le monde, partenaires, spectateurs et téléspectateurs ! Dans le vestiaire, Bill Cartwright, co-capitaine, prend la parole : « Scottie, ce que tu as fait est une énorme connerie. Après tout ce qu’on a vécu dans cette équipe, on a l’occasion de réussir par nous même, sans Michael, et tu fous tout en l’air avec ton égoïsme. Je n’ai jamais été aussi déçu de toute ma vie. » Pippen présentera ses excuses au groupe et à Jackson avant de répliquer sur le terrain au Game 4, avec 25pts, 8rbs, 6asts pour mener les siens à une victoire 95-83 qui égalise à 2-2 dans la série. Mais les polémiques sont loin d’être terminées dans cette série …

Au Game 5 à New York, la rencontre est une nouvelle fois serrée et tendue au possible quand Hubert Davis tente un tir désespéré dans les derniers instants. Pippen monte au contre et l’arbitre siffle une faute, une faute réelle mais qui s’est produite après le tir ! Davis rentre ses 2 lancés et met les siens devant avec 2 secondes au chrono (87-86). La dernière possession ne donnera rien, Chicago s’incline et Phil Jackson comparera ce coup de sifflet à l’escroquerie de la finale des JO de Basket 72 contre l’Union Soviétique ! Au Game 6, Pippen signera son seul match des PO à moins de 20pts (13 à 5/16) mais réussi son action la plus mémorable, avec un Dunk monumental de violence sur Patrick Ewing dans le 3ème quart-temps. Pippen chambre ensuite Ewing puis Spike Lee, le plus grand fan des Knicks, et prend une technique. Mais cette action a galvanisé l’équipe qui s’impose 93-79.

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Hélas, le Game 7 sera pour les Knicks, qui prennent leur revanche sur les Bulls en les éliminant enfin des Play-Offs ! Ils iront jusqu’aux NBA Finals pour perdre face aux Houston Rockets. De leur côté les Bulls semblent perdus et l’avenir s’annonce incertain avec entre autre les querelles qui opposent Pippen et Grant à Jerry Krause concernant leurs contrats respectifs. Krause tentera même de monter un échange avec les Seattle Sonics pour récupérer l’ailier fort Shawn Kemp contre Pippen, ce qui va augmenter les tensions pendant un été qui sera, là encore, très compliqué à gérer …

Bilan : 55-27
Classement : 2ème de la Central Division, 3ème de la Conférence Est
Attaque : 98.0PPG (22ème sur 27)
Défense : 94.9PPG (3ème sur 27)
Meilleur marqueur : Scottie Pippen (22.0)
Meilleur rebondeur : Horace Grant (11.0)
Meilleur passeur : Scottie Pippen (5.6)

Crédit Montage : Laurent Rullier (Basket Rétro)

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