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La saison 1995/96

Les dirigeants et Phil Jackson se démènent pour essayer de redonner aux Bulls les capacités de lutter pour le titre. Pendant que Jordan passe l’été à bosser sur son shot et sa condition physique, même pendant le tournage de son film Space Jam, Jackson et Jerry Krause négocient pour obtenir les services de Dennis Rodman. Meilleur rebondeur de la NBA depuis 4 saisons malgré 2 années galères à San Antonio, Rodman représenterait une recrue de choix et après que Pippen et Jordan, qui ont longtemps bataillé face à lui à l’époque des séries Bulls-Pistons, aient donner leur accord pour cette arrivée, le transfert est officialisé. En échange, Will Perdue file aux Spurs et la raquette devient d’un coup beaucoup plus solide, avec également la draft de Jason Caffey. Autre chantier, le poste de meneur. A regret, Jackson se sépare de BJ Armstrong, qui sera choisi par les Toronto Raptors lors de leur Expansion Draft, mais il a dans l’idée d’installer l’arrière Ron Harper à ce poste, imaginant un trio Harper, Jordan, Pippen qui serait capable de stopper toutes les défenses adverses, chacun étant la capacité de switcher et garder un adversaire différent avec ses long bras, sa vivacité et son intelligence tactique. Un autre meneur au profil défensif rejoint les Bulls en la personne de Randy Brown, natif de Chicago, tandis que John Paxson devient assistant coach.

Dés le 3ème entraînement de la pré-saison, l’esprit de compétition est là et Jordan met une droite à Steve Kerr après une provocation de trop et un coup de coude de Kerr à MJ en guise de réponse. Un accident qui sera rapidement réglé (Jordan appela Kerr dans l’après midi pour s’excuser), mais qui aura aussi servi d’électrochoc au groupe et à Jordan, qui change son comportement vis à vis de ses coéquipiers moins expérimentés et adapte son leadership suivant celui qu’il a en face de lui. Il sait qu’il ne peut pas réagir de la même façon avec Dennis Rodman qu’avec Toni Kukoc. « Après cet incident, on est devenu plus proche » raconte Kerr. « Michael m’a plus respecté après ça car il m’a frappé et je me suis relevé, prêt à répondre malgré le fait que je n’avais aucune chance »

Avec un état d’esprit renforcé, les Bulls démarrent la saison à fond : 5 victoires consécutives pour débuter, c’est le meilleur départ de l’histoire de la Franchise, avec Jordan qui plante 42 pts aux Hornets dés l’Opening Night. Les Bulls s’imposent de 22pts contre Boston le lendemain (107-85) avant d’aller battre Cleveland chez eux 106-88 avec un Triple Double de Scottie Pippen (18pts, 13rbs, 12asts) ! Avant ce match, Dennis Rodman se blesse au mollet et alors que Kukoc pensait en profiter pour récupérer sa place dans le 5 de départ, Phil Jackson décide de donner cette place à Dickey Simpkins ! Une surprise qui va servir de motivation pour Kukoc : après une défaite face à Orlando sans Shaq mais avec 36pts d’Anfernee Hardaway, les Bulls vont remporter 18 des 19 matchs suivants, avec un Kukoc excellent en 6ème homme : 14pts à 7/8 en 18 minutes contre Cleveland, 19pts à 6/9 et 7 passes face à New Jersey ou encore 18pts à 6/10 contre les Knicks ou 21pts à 9/12 face à Orlando et 22pts à 8/11 dont 3/3 à 3pts contre les Lakers … Le Croate fini par se faire à son rôle, comme la majorité de l’équipe, qui va vite trouver ses marques et ses rotations malgré son manque de vécu collectif.

« La plupart des gars n’étaient pas là quand on a lutté pendant des années avec Detroit » raconte Jordan. « il n’y a pas cette expérience collective de périodes difficiles ou on devient plus solidaire, donc il a fallu travailler dur pour créer des automatismes le plus rapidement possible. » Le plus bel exemple est celui de Rodman. De retour de sa blessure au mollet, l’ailier fort se met le public du United Center dans sa poche, non seulement en prenant 20, 21, 21 et 19 rebonds pour les 4 premiers matchs suivant son retour, mais aussi par ses extravagances et sa combativité de tout les instants. « The Worm » se jette sur tout les ballons, lutte contre n’importe qui au rebond, défend souvent sur des pivots qui font 15 centimètres et 20 kilos de plus que lui et les fait sortir de leur match avec ses qualités physiques et son vice. Et après tout ça, il balance son maillot trempé de sueur dans un foule charmée ! De plus, Jackson avait annoncé au reste du groupe en début de saison que Rodman aura droit à quelques traitements de faveurs car il sait qu’il manquera des entraînements ou fera preuve tôt ou tard d’indiscipline, mais le groupe n’y a pas vu de problème.

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La série de 13 succès s’arrêtera au lendemain de noël dans l’Indiana (103-97), mais Chicago affiche alors un bilan de 23-3 et ce n’est que le début : 18 victoires consécutives entre le 29 décembre et le 2 février, soit un mois de janvier parfait (14-0) et la plus longue série d’invincibilité de l’histoire du club, avec quelques cartons mémorables : +27 contre Indiana pour débuter la série, +24 à Charlotte, +29 vs Milwaukee, +26 contre Seattle, +27 à Philadelphie, +20 à New York, même chose à Sacramento et contre Vancouver, puis +22 face à Miami ! La 18ème et dernière victoire de cette série aura lieu sur le parquet des Los Angeles Lakers de Magic Johnson, qui comme Jordan a tenté un retour à la compétition après avoir arrêté pendant plusieurs années, à cause de sa maladie. Après ça, Chicago signera sa pire série de défaite de la saison : 2 revers, à Denver et Phoenix. La défaite à Denver aura déclenchée quelque chose dans l’équipe : Les Nuggets shootent à 68% et prennent 31pts d’avance, mais avec 22pts de Jordan dans le 3ème quart, Chicago revient et Pippen fait même passer les siens devant à 5 minutes de la fin. Denver s’imposera finalement mais les Bulls ont compris que quelque soit la situation, ils étaient capables de la renverser et revenir, peu importe le retard accumulé.

Les Bulls présentent un bilan époustouflant de 42 victoires et 5 défaites au moment du All Star Weekend, ou Jordan termine MVP du match des étoiles avec 20pts. Un Jordan qui a repris sa domination sur la ligue de manière éblouissante. A 32 ans, il n’attaque plus autant le cercle qu’autrefois mais se concentre sur les tirs mi-distance et dévoile même une adresse à 3pts qui montre qu’il a bossé comme un dingue tout l’été (il terminera la saison avec un record en carrière de 111 paniers primés inscrits en 260 tirs, soit 42.7%), le tout en étant toujours impliqué défensivement et en ayant repris ses habitudes de leader au scoring (30.4PPG) avec quelques ardoises salées, comme ses 40pts à Golden State, 44 à Indiana mais surtout ses 53 unités contre les Pistons. Le retour de MJ est une réussite jusqu’ici et il fait taire les critiques de l’été précédent, même s’il sait que c’est en Play-Offs qu’il devra faire la différence.

Les Play-Offs, les Bulls y arriveront tranquillement, avec de nouvelles séries de 6 ou 7 succès à chaque fois pour s’approcher du record historique des Los Angeles Lakers de 1971-72 (69-13). A chaque victoire, la pression des médias se fait encore plus forte, au point que le soir ou Chicago peut battre le record lors d’un déplacement à Milwaukee, les télés retransmettent en direct le trajet du bus de l’équipe dans le Wisconsin. Jason Caffey, rookie de l’équipe, demande à Bill Wennington si c’est toujours comme ça en NBA, Wennington répond : « Ouvre les yeux et profite de l’instant, tout ceci n’arrive qu’ici, normalement ça n’existe pas. » Face aux Bucks, dans un match très moyen de la part de Bulls longtemps bloqués par l’enjeu, les hommes de Phil Jackson finissent par s’imposer et écrire l’histoire en obtenant leur 70ème succès de la saison, avec 19 rebonds de Rodman en sortie de banc. Un Rodman qui revenait d’une suspension après avoir donné un coup de tête à un arbitre !

Randy Brown

Chicago finira la saison régulière avec un record faramineux de 72 victoires et 10 petites défaites ! Un bilan sans précédent et une avalanche de récompenses individuelles, avec Jordan de nouveau MVP de la ligue, Phil Jackson Coach de l’année, Toni Kukoc meilleur 6ème homme et le trio Jordan, Pippen, Rodman élu dans le meilleur 5 défensif de la NBA ! Mais comme le dit Ron Harper : « battre le record de victoires, c’est bien, mais c’est inutile s’il n’y a pas le titre au bout ». Le décor est planté, Chicago veut retrouver les sommets et va démarrer les Play-Offs en trombe : Le Heat de Miami va rapidement être envoyé en vacances d’un Sweep clair et net (+17 au Game 1, +31 au Game 2 et +21 en Floride au Game 3), avant que les Knicks ne se dressent, encore, sur la route des Bulls !

Mais là encore les Bulls ne vont pas faire dans le détail et prendre les 2 premiers matchs à la maison, avec 44pts de Jordan au Game 1 et 19rbs de Rodman au Game 2. Hélas Toni kukoc se blesse et malgré 46pts de Jordan au Madison Square Garden, New York s’imposera en prolongation derrière les 30pts de John Starks et les 3 double doubles d’Ewing, Oakley et Mason. Chicago va vite réagir et remporter le match 4 avec de nouveau 19rbs de Rodman et un Bill Wennington décisif en fin de rencontre avec 2 Jumpers inattendus. De retour à Chicago pour le Game 5, les Bulls mettent fin au suspense et Jordan fait « bye bye » de la main à Spike Lee, présent au bord du parquet. Place aux finales de conférence avec une revanche contre le Magic d’Orlando, finaliste la saison précédente.

La jeune équipe de Floride est pleine de confiance et n’a pas peur, n’hésitant pas à chambrer et se déclarer prêt à faire tomber cette équipe soi disant invincible … Ils repartiront du United Center avec la pire défaite de leur histoire en Play-Offs (121-83, +38) avec un énorme Dennis Rodman pour contenir Shaq et dominer les rebonds (21 prises dont 7 offensives), tandis que 6 Bulls inscrivent 12pts minimum dont Kukoc, de retour de blessure et qui signe 12pts et 10asts ! En plus, Horace Grant se blesse au coude et manquera le reste de la série, mais ce sont pourtant les visiteurs qui démarrent le Game 2 en trombe, menant de 15pts à la mi-temps (50-35). Pas de quoi impressionner Phil Jackson, qui rentre dans le vestiaire à la mi-temps en disant : « On les a exactement là ou on veut qu’ils soient ». Les Bulls n’ont déjà plus que 2pts de retard à l’entame du dernier quart-temps et s’assure un succès précieux derrière les 35pts de MJ.

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En Floride, Chicago ne fera qu’une bouchée de la bande à Shaq et Penny Hardaway, qui auront laissé passer leur chance. 2 nouveaux succès de Chicago signent un sweep violent pour le Magic et une douce revanche pour Jordan (45pts au Game 4) et les siens, qui se penchent désormais sur le dernier obstacle entre eux et un 4ème titre : les Seattle SuperSonics ! Emmenés par un duo Payton/Kemp ultra spectaculaire, la franchise de l’état de Washington a signé une saison à 64 victoires, un record pour eux, et compte vendre chèrement sa peau même si personne ne les donne favori …

Pendant que les Sonics éliminaient Utah en 7 matchs, Chicago a passé 9 jours sans jouer et s’est retrouvé un peu rouillé au départ du Game 1, laissant Seattle prendre les devants, mais au fil de la rencontre les Bulls vont retrouver le rythme, avec Jordan pour mener la charge. Frank Brickowski se fera rapidement expulser mais ça va redonner de l’énergie à Seattle, qui va revenir dans le match avec Shawn Kemp et l’Allemand Detlef Schrempf, égalisant à 75 partout. Mais le héros du soir s’appelle Toni Kukoc, qui va inscrire 10pts de suite dont 2 paniers à 3pts assassins, offrant aux Bulls une avance qu’ils ne lâcheront plus, pour finalement s’imposer 107-90 et mener 1-0.

Le Game 2 verra des Sonics plus agressifs répondre à chaque run de Chicago par un collectif propre et un bon apport du banc. A l’énergie, ils se maintiennent dans le match et en font baver aux Bulls, jusqu’à ce que Dennis Rodman ne fasse le show en enchaînant les rebonds. Avec 11 prises offensives, il établi un record en NBA Finals mais surtout offre de nombreuses opportunités supplémentaires à ses partenaires, notamment Kukoc qui inscrit de nouveau 2 paniers à 3pts consécutifs. Mais Seattle se battra jusqu’au bout, n’ayant que 3pts de retard à 10 secondes de la fin quand Pippen va aux lancés francs. Il manque les 2, Rodman obtient un entre deux puis une faute qui l’envoie lui aussi sur la ligne. Il reste 3.7 secs, il manque le 1er, mais inscrit le second et offre la victoire aux siens après 20 rebonds et 10pts.

A Seattle pour les 3 matchs suivants, les fans sont confiants et l’ambiance est folle … pendant 5 minutes. Sans Ron Harper blessé au genou, Chicago démarre le match parfaitement et fait taire la salle (32-12 après 10:30, 34-16 après un quart-temps, 62-38 à la mi-temps) ! Les Sonics feront de bons efforts pour réduire l’écart mais entre la défense impeccable des Bulls et l’apport inattendu de Luc Longley (Career High en PO de 19pts), Chicago mène 3-0. « Après le Game 2, Luc Longley s’est fait détruire par tout le monde au club «  raconte Phil Jackson. « Je n’ai jamais vu personne se faire engueuler par autant de gens en si peu de temps. Sa réaction a été superbe. » Jackson ajoutera également que pour lui, les Sonics ont fait une erreur en partant de Chicago tard le vendredi soir plutôt que le samedi matin comme les Bulls et il voyait qu’ils étaient encore fatigués de ce voyage pénible !

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Les Bulls ont l’occasion de signer un rare sweep en Finale et terminer les Play-Offs sur un score jamais réalisé de 15 victoires et 1 défaite, mais Seattle ne l’entend pas ainsi et profite des difficultés de Ron Harper, titulaire mais gêné par une tendinite tenace, pour pousser la balle, mettre du rythme et enflammer une salle de nouveau bruyante. Les Sonics évitent le sweep (107-86), avec aussi une superbe défense de Payton sur Jordan, qui sera limité à 6/19 aux tirs. Le Game 5, sans Harper, sera plus serré mais encore à l’avantage d’une équipe des Sonics qui a repris confiance, à l’image de son trio Payton (23pts), Kemp (22pts) et Hawkins (21pts). Un succès 89-78 des locaux relance le suspense et ramène la série à Chicago.

Jordan est furieux après le Game 5 et voulait absolument éviter de jouer un Game 6, car il tombe le jour de la fête des pères et MJ, encore très affecté par la disparition du sien, souhaitait éviter de jouer ce jour là. Mais un match le match débuté, les Bulls ont rapidement fait comprendre aux pauvres Sonics que c’était le dernier match de la série. Avec Ron Harper de retour, qui jouera 38mins sous infiltration, Chicago impose de nouveau un énorme pressing défensif et calme le rythme imposé par Payton depuis 2 rencontres. Jordan puis Kukoc creusent l’écart avant que Rodman ne fasse le show une fois de plus, avec encore 11 rebonds offensifs, 19 en tout et un And One qui met les siens à 62-47 dans le 3ème quart-temps !

Les Sonics ne reviendront pas. Chicago s’impose 87-75 et retrouve sa place au sommet de la NBA. Jordan récupère le ballon du match et se précipite dans les vestiaires, cherchant à s’isoler pour pleurer un moment en pensant à son père, puis les célébrations débutent, le champagne coule à flot, Jordan est élu MVP des Finales pour la 4ème fois. « Je suis désolé d’être parti pendant 18 mois, mais je suis heureux d’être revenu et d’avoir pu offrir un nouveau titre à la ville de Chicago. » Les Bulls sont de nouveau sur le toit du monde et compte bien le rester, même si l’été 1996 va s’avérer animé …

1996 NBA Finals Game 6:  Seattle SuperSonics vs. Chicago Bulls

Bilan : 72-10
Classement : Champion de la Central Division, 1ers de la conférence Est
Attaque : 105.2PPG (1ers sur 29)
Défense : 92.9PPG (3èmes sur 29)
Meilleur marqueur : Michael Jordan (30.4)
Meilleur rebondeur : Dennis Rodman (14.9)
Meilleur passeur : Scottie Pippen (5.9)

Crédit Montage : Laurent Rullier (Basket Rétro)

BONUS TRACK : L’ami Oztrak est de retour avec un lien pour un match à 29 rebonds de Rodman contre les Hawks :

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